lundi 16 mars 2026

Quitter la poussette...

Petit retour dans le temps.

Vous êtes un bébé. Un petit bébé coincé dans sa poussette. Autour de vous, tout le monde marche. Tout le monde vous semble autonome, indépendant, libre d’aller là où bon lui semble. Prendre un gâteau ? Ils se lèvent et se servent. Ouvrir le frigo pour une glace ? Ils se lèvent et se régalent.

Mais pas vous !

Vous, vous êtes attaché dans ce landau et c’est la galère. Une partie de vous veut marcher. Une autre vous souffle que la poussette, finalement, ce n’est pas si mal. C’est confortable. C’est agréable d’être transporté. On vous pousse, on s’occupe de vous. Le prix à payer n’est peut-être pas si élevé.

Mais malgré cela, le désir de marcher devient le plus fort.

Alors vous essayez. Et vous tombez. Encore et encore. Vous vous cassez la figure, vous retombez sur les fesses des dizaines, des centaines de fois. Rien de tout cela n’est confortable. Rien de tout cela n’est agréable. Pourtant vous recommencez.

Parce que marcher devient une obsession.

Vous avez compris quelque chose d’essentiel : marcher, c’est la liberté. La liberté d’aller là où vous voulez. La liberté de décider. La liberté de ne plus dépendre de quelqu’un qui pousse la poussette.

Un jour, ça y est. Le premier pas. Puis un autre. Fini de ramper, vous voilà devenu marcheur.

Nous en passons tous par là. Personne autour de vous ne se déplace à quatre pattes passé un certain âge. Personne.

Appliquez maintenant cela à l’intelligence artificielle, ou à n’importe quel nouvel apprentissage. Vous allez devoir traverser une période d’inconfort. Une vraie. Une période où vous serez maladroit, lent, approximatif. Une période où vous aurez l’impression que tout était plus simple avant.

Une petite voix vous dira peut-être : « Finalement, la poussette, c’était pas si mal. »

Mais, si vous acceptez cette phase, si vous traversez les chutes, les tâtonnements, les moments où vous ne comprenez pas très bien ce que vous faites, alors un jour vous vous apercevrez que vous marchez. Ce jour-là, la poussette vous paraîtra soudain très loin.

La vérité est que chaque nouvelle compétence nous impose d'en passer par cette zone étrange où l’on devient provisoirement moins bons, voire mauvais.

Nous avons tendance à oublier cela une fois devenus adultes. Nous aimons la maîtrise. Nous faisons tout pour fuir le ridicule. Pourtant l’apprentissage exige exactement l’inverse : accepter d’être maladroit pendant un moment, presque ridicule.

Les enfants n’ont pas ce problème. Ils tombent mille fois et se relèvent mille fois. C’est pour cela qu’ils apprennent si vite.

La vraie question n’est donc pas : « Est-ce que cette technologie ou cet apprentissage est fait pour moi ? »

La vraie question est beaucoup plus simple : « Suis-je prêt à quitter la poussette ? 



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