jeudi 3 septembre 2026

Je crois

On me demande : "Crois-tu en Dieu ?"

Ma réponse : je ne crois pas au vieux monsieur barbu perché au-dessus des nuages, occupé à nous observer et à tenir nos comptes. Cette image-là ne me dit rien, et je la soupçonne d'avoir été inventée par des gens qui avaient besoin d'un contremaître.

Mais, je crois que nous ne comprenons pas tout. Je crois à l'ineffable inconnu, à cette part du réel qui résiste à nos explications et qui, probablement, y résistera toujours. Nous savons peu, nous pesons peu, et de cet univers dont les merveilles nous dépassent, nous n'apercevons qu'un fragment mal éclairé. Devant ce fragment, la seule posture honnête me paraît être l'émerveillement.

En y réfléchissant, la formule est venue toute seule : je crois à ce que je ne comprends pas.

Don't Understand.
D. U.
“Di You”
Dieu.

;-)

mercredi 2 septembre 2026

Le pire "deal" que nous ayez jamais signé...

Lorsque vous étiez enfant, avant même d'avoir une mémoire, vous avez passé le pire deal de votre vie... et quelles que soient vos capacités actuelles de négociation, vous le payez encore.


Un deal passé, pour la plupart d'entre vous, avec vos parents. Un deal dont les termes n'ont jamais été prononcés, jamais écrits et même jamais discutés : "Si tu me protèges, si tu me nourris, alors je me comporterai comme je pense que tu souhaites que je me comporte."


Prenez une seconde pour mesurer l'immensité de ce que cela représente... pas une petite concession, pas un arrangement de circonstance : l'ensemble de vos comportements ajusté à ceux de vos parents, pour optimiser vos chances de survie. Inconsciemment, bien sûr. Aucun enfant ne signe en conscience. Mais, du conditionnement qui en résulte, beaucoup ne sont jamais sortis… et continuent, à l'âge adulte, de répondre avec ce conditionnement d'enfant.

Certains se soumettent, d'autres se rebellent, d'autres encore font comme si tout allait bien quelles que soient les circonstances. Trois attitudes qui semblent n'avoir rien à voir entre elles, et qui ont pourtant exactement la même origine.

Vous le voyez en réunion, vous le voyez face à un client difficile, vous le voyez dans un désaccord avec votre direction... quelque chose répond avant vous, plus vite que vous, presque à votre place. Ce quelque chose ne lit pas la situation présente : il applique un conditionnement installé il y a des décennies, dans des circonstances qui n'ont plus rien à voir avec celles d'aujourd'hui.

Ce conditionnement n'est pas un défaut. Il vous a tenu en vie, il a fait son travail, et il l'a bien fait. Mais, il continue d'exiger son dû, tous les jours, en silence.


Pour que vos comportements correspondent enfin à la situation réelle, il faut commencer par prendre conscience, même en surface, même imparfaitement, de ce que ce conditionnement exige de vous au quotidien.

C'est l'objet de notre training « Conversations entre Adultes »… comprendre ce qui se passe lorsque cet accord devenu obsolète prend le dessus sur vos décisions et sur votre vision du monde. Une fois conscient de ce qui se joue, vous avez une chance de répondre correctement.

Vous n'aviez pas le choix quand vous avez signé, vous l'avez aujourd’hui. 

mardi 1 septembre 2026

Ni passé, ni futur : ce que vouloir être libre exige vraiment de nous

Nous n'avons pas de passé. Nous avons une mémoire, une reconstruction, renouvelée à chaque fois qu'elle est convoquée, colorée par ce que nous sommes devenus depuis. Nous n'avons pas de futur non plus. Nous avons une projection : le passé, prolongé vers l'avant, habillé d'espoirs ou de peurs qui lui appartiennent déjà. Alors que reste-t-il, si ces deux piliers : ce qu'on croit avoir été, ce qu'on croit devenir, ne sont que des constructions mentales et non des réalités tangibles ? Il reste le présent.

C'est presque vertigineux, dit ainsi. Tout ce que nous appelons « notre histoire » n'existe plus nulle part sinon dans des traces neuronales que nous ravivons. Tout ce que nous appelons « notre avenir » n'existe encore nulle part sinon dans les scénarios que nous fabriquons. Le seul endroit où quelque chose se passe réellement, où la réalité ne dépend d'aucune reconstruction ni d'aucune anticipation, c'est maintenant. Mais, dire "vis au présent" reste une formule creuse, un slogan de développement personnel qu'on répète sans vraiment le comprendre. Cela ne signifie pas ignorer d'où l'on vient ni cesser de faire des projets. C'est autre chose : c'est cesser de filtrer l'instant présent à travers les grilles du passé et du futur.

Vivre au présent, ce n'est pas nier la mémoire ou l'anticipation, elles sont utiles, parfois nécessaires. C'est ne plus laisser ces mécanismes décider à ma place de ce que je ressens ou de ce que je fais maintenant. Concrètement : quand une situation ravive une peur ancienne, suis-je en train de répondre à ce qui est réellement devant moi, ou à un souvenir déguisé en présent ? Quand j'anticipe un échec, est-ce une évaluation lucide de la situation, ou la projection d'un conditionnement qui ne connaît qu'un seul scénario ? La plupart du temps, nous ne vivons pas les événements, nous vivons nos interprétations des événements, façonnées par tout ce qui a précédé. Le présent devient alors un écran sur lequel on projette un vieux film, plutôt qu'un espace neuf où quelque chose peut réellement advenir.

C'est là que le lien avec la liberté apparaît. Être libre, ce n'est pas l'absence de contraintes extérieures. C'est l'absence de contraintes intérieures invisibles : ces automatismes qui décident pour nous avant même que nous ayons pu regarder la situation telle qu'elle est. Se libérer d'une projection, d'une représentation, d'un conditionnement ancien, ce n'est pas les effacer par la force. On ne peut pas décider d'oublier. C'est plutôt les reconnaître au moment où ils apparaissent, voir qu'une pensée, une peur, une attente est en train de se rejouer et, dans cet acte de reconnaissance, se donner un espace de choix qui n'existait pas avant.

Cet espace, aussi mince soit-il, c'est notre liberté. Non pas une liberté totale et définitive, mais une liberté qui se gagne à chaque instant, dans chaque interstice entre le stimulus et la réponse automatique.

Le présent n'est donc pas un lieu où l'on arrive une fois pour toutes. C'est un exercice qui se recommence sans cesse, parce que l'esprit retourne naturellement vers ce qu'il connaît : le passé rassurant ou inquiétant, le futur espéré ou redouté. La liberté n'est pas d'échapper à ce mouvement, c'est de le remarquer, encore et encore, et de revenir, encore et encore, à ce qui est réellement là. Peut-être que la question n'est pas « comment vivre au présent » mais « à quel moment ai-je cessé d'y être » et la capacité à se le demander, sans jugement, est peut-être déjà une forme de liberté.

Cette liberté ne s'arrête pas à la porte du bureau. Une organisation n'est jamais qu'une accumulation de ces mêmes interstices, multipliée par le nombre de personnes qui la composent : un manager qui répond à un retard avec la peur d'hier, une équipe qui rejoue, réunion après réunion, les mêmes rôles figés. Le bon management commence exactement là où s'arrête celui de chacun : dans la capacité, collective cette fois, à sortir des scénarios hérités pour se parler depuis ce qui est réellement en jeu.

samedi 29 août 2026

Gamma, Canva, Tome & co : le piège des slides parfaites générées par IA

Gamma. Canva Magic Design. Tome. Beautiful.ai. Il en sort une nouvelle chaque mois. Le principe est toujours le même : un prompt, ou un texte tout prêt qu'on colle, et hop ! un jeu de slides impeccable en trente secondes. Typographie soignée, mise en page équilibrée, palette harmonieuse. Bluffant.

Et c'est bien le problème.

Voilà ce qui va se passer : vous allez avoir de superbes slides. Mais vous ne les maîtrisez pas. Elles sont belles, mais elles ne sont pas vous. Et vous ne savez pas, parce que l'IA s'en moque, ce que vous allez DIRE pendant que telle ou telle slide sera à l'écran.

L'IA vous a préparé une recopie de votre texte sous une autre forme. Pas un jeu de slides pensé pour l'exercice très spécifique d'une présentation orale, devant un auditoire qui a des attentes et qui est venu vous écouter.

Vous pensez que vos belles slides vont vous sauver, que votre présentation sera au niveau parce que les slides le sont.

Think again.

Vous allez les lire. Vous allez vous perdre. Vous allez transpirer... et vous n'aurez très vite plus qu'une idée en tête : sortir et en finir.

Ou pire : vous allez glisser sur l'exercice, faire comme si lire vos belles slides était ok, et sortir de la salle content de vous, survivant... même si peu de choses se seront passées et si vous n'aurez rien obtenu d'autre que de ne pas être décédé sur place.

Ces outils résolvent un problème qu'on n'a pas : produire un support joli et rapide et ignorent complètement celui qu'on a vraiment : préparer une prise de parole. Un jeu de slides n'est pas une présentation. C'est un support, au service de ce que vous allez dire, à un moment précis, devant des gens précis.

Ce qu'il faut faire si vous voulez absolument utiliser l'IA : respectez les dix règles que j'ai données dans un précédent post, allez les voir.

Et surtout, surtout : prompter vos slides pour votre auditoire, pas pour vous.

mercredi 26 août 2026

Je me moque de ce qui m'arrive.

« Je me moque de ce qui m'arrive. »

La phrase semble provocatrice. Un peu idiote, même.

Non, je ne me moque pas de tout. Je préfère une bonne nouvelle à une mauvaise, la santé à la maladie, réussir à échouer. Je ne cherche ni la souffrance ni les ennuis.

Pourtant, j'aime de plus en plus cette idée.

Parce qu'entre ce qui m'arrive et ce que je vais expérimenter, il existe un espace, et dans cet espace se loge mon interprétation.

Ce ne sont pas les choses qui nous troublent, mais les jugements que nous portons sur elles.

Nous confondons sans cesse les deux.

Je perds un contrat : catastrophe. On me critique : on m'a humilié. Une relation se termine : j'ai perdu quelque chose. Un imprévu bouleverse mes plans : encore une journée de foutue.

L'événement et son interprétation deviennent une seule et même chose.

Ils ne le sont pas.

Cette vieille légende chinoise pleine de sagesse le résume très bien :

Un paysan possède un cheval. Un jour, le cheval s'enfuit.

Les voisins viennent le plaindre : quelle malchance ! Le vieil homme répond : Peut-être. Nous verrons bien.

Quelques jours plus tard, le cheval revient, accompagné de plusieurs chevaux sauvages : quelle chance ! Peut-être. Nous verrons bien.

Son fils tente de dresser l'un des chevaux, tombe, se casse la jambe : quel malheur ! Peut-être. Nous verrons bien.

La guerre éclate. Tous les jeunes hommes du village sont enrôlés. Beaucoup mourront. Le fils, jambe cassée, reste chez lui.

Chance ? Malchance ?

Nous verrons bien.

Ce que j'aime dans cette parabole, ce n'est pas l'idée naïve que tout finit par s'arranger, ce serait juste une autre façon de vouloir contrôler la réalité.

C'est l'idée, plus radicale, que nous ne savons pas. Nous sommes extraordinairement rapides à attribuer une signification définitive à une histoire qui ne fait que commencer. Un échec peut devenir une bifurcation essentielle. Une réussite peut nous enfermer dans une direction qui n'était pas la nôtre.

Ou pas. Nous verrons bien.

Cela ne veut pas dire devenir indifférent, nier la douleur, ou se raconter que « tout arrive pour une raison ». Cela veut dire essayer de ne pas coller immédiatement une histoire sur ce qui vient d'arriver.

Il y a les faits. Puis il y a ce que j'en fais.

Dans mes formations, je dis souvent : « Pour nous, humains, tout est histoire. » Nous ne vivons jamais vraiment le réel, nous vivons une version de ce réel que nous avons créé nous-mêmes. Nous sommes bien dans une simulation, la nôtre !

Entre les faits et l'histoire que nous créons à partir de ces faits, se loge peut-être l'essentiel de ce qui fait notre liberté.

Être victime des circonstances, ce n'est pas seulement subir ce qu'on n'a pas choisi, nous subissons tous des choses que nous n'avons pas choisies. C'est laisser ces circonstances écrire la suite de l'histoire à notre place. C'est souffrir du refus de ce qui est, parfois pendant des décennies. 

Je peux perdre, être rejeté, me tromper, voir un projet s'effondrer. La réalité n'a signé aucun contrat garantissant qu'elle respecterait mes plans et mes façons de voir les choses.

Alors, de plus en plus, quand quelque chose ne se passe pas comme prévu, j'essaie de remplacer :

« Pourquoi est-ce que ça m'arrive ? »

par :

« D'accord. C'est ce qui arrive. Fantastique ! Qu'est-ce que je fais maintenant ? »

Ce n'est pas du fatalisme. C'est tout le contraire.

Le fatalisme dit : je n'y peux rien. L'acceptation dit : c'est là. Voyons ce qui est possible à partir d'ici.

C'est en ce sens que je peux dire :

Je me moque de ce qui m'arrive.

Pas parce que rien n'a d'importance. Mais parce que ce qui m'arrive n'aura jamais, à lui seul, le dernier mot.

Pour le reste ?

Nous verrons bien.

dimanche 23 août 2026

Tout pour vivre plus vieux...

Regardez ce qui se cache derrière le désir de vivre vieux et c'est rarement l'amour de la vie, mais presque toujours la peur de la perdre. Un père parti trop tôt, un bilan sanguin qui tarde, un ami de votre âge qui s'effondre un dimanche matin : et voilà installée une vigilance qui ne s'éteint plus. Le désir de longévité est un deuil anticipé qui a pris les habits de la performance.

Le corps, lui, ne fait pas la différence entre une menace et la représentation d'une menace. L'amygdale s'allume aussi bien devant un prédateur que devant une pensée. Elle alerte l'hypothalamus, qui alerte l'hypophyse, qui alerte les surrénales, et le cortisol se répand. C'est un mécanisme somptueux, taillé pour trente secondes de course ou de combat. Il n'a jamais été conçu pour tenir trente ans. Maintenu en fond de tâche, il désorganise le sommeil, entretient l'inflammation de bas grade, dérègle la sensibilité à l'insuline, use l'hippocampe. Elissa Epel et Elizabeth Blackburn ont même montré que le stress chronique accélère l'érosion des télomères, ces capuchons qui protègent nos chromosomes. Blackburn a reçu le Nobel pour ses travaux sur la télomérase. Autrement dit : la peur de vieillir mal grave sa propre signature dans l'ADN.

L'ironie est parfaite. L'industrie de la longévité vend de la vigilance, et la vigilance est précisément ce qui abîme. Les chercheurs ont déjà donné un nom à cette absurdité : l'orthosomnie, ce trouble décrit en 2017 chez des patients que la poursuite du sommeil parfait empêchait de dormir. Leur bracelet leur annonçait chaque matin une mauvaise nuit, l'annonce créait l'anxiété, l'anxiété créait la mauvaise nuit suivante. La mesure fabriquait ce qu'elle prétendait corriger.

Alors ceux qui vivent très vieux, que font-ils ? Les fameuses zones de longévité sont brandies partout, souvent avec des chiffres fragiles. Ce qui survit aux critiques est justement la part la moins mesurable : ces gens-là n'ont jamais cherché à devenir centenaires. Ils marchaient parce que le village était en pente, mangeaient ce que la saison donnait, dînaient avec les mêmes voisins depuis soixante ans. Aucune intention, aucun protocole. Un accord avec l'environnement.

C'est peut-être là que se joue le renversement. Votre organisme dispose d'un système d'information d'une finesse inouïe : l'interoception, cette perception continue de l'état interne qu'Antonio Damasio place à la racine même de la conscience. Il vous dit quand manger, quand vous arrêter, quand la fatigue est réelle et quand elle est une humeur. Encore faut-il que quelqu'un écoute. Un mental occupé à surveiller des courbes n'entend plus le corps qui parle en dessous.

Je reconnais ce mécanisme, parce que je l'ai rencontré ailleurs. Au théâtre, l'acteur qui veut être ému ne l'est jamais. Celui qui veut être drôle vide la salle. L'émotion n'arrive qu'à celui qui a cessé de la viser pour s'occuper entièrement de son partenaire. L'intention détruit ce qu'elle vise. La longévité obéit à la même loi que le trac : elle cède devant l'attention portée à autre chose.

Entendons-nous : renoncer à vouloir vivre vieux n'est pas renoncer à prendre soin de soi. La différence n'est pas dans les gestes, elle est dans leur origine. Marcher parce que marcher est bon, ou marcher pour repousser une échéance. Dîner avec des amis, ou cocher la case du lien social. Les mêmes actes, portés par la peur, deviennent une charge de plus dans un organisme déjà en alerte. Portés par le goût ou le plaisir, ils réparent.

Une piste, pour ceux que la mesure démange : plutôt que de traquer votre âge biologique, essayez l'inverse pendant un mois. Retirez le bracelet. Chaque soir, une seule question, sans chiffre : de quoi mon corps avait-il besoin aujourd'hui, et l'ai-je entendu ? Vous serez surpris de la précision des réponses quand plus aucun appareil ne parle à sa place.

Libéré de la pression de durer, il vous reste quelque chose d'infiniment plus rare : le temps présent, qui est le seul dont vous disposiez réellement.

La longévité n'est pas un objectif. C'est un effet secondaire.

jeudi 13 août 2026

Ne pas se mettre sur la défensive...

Il y a quelques jours, j'ai reçu un message qui m'a fait mal.

Rien de dramatique, vraiment. Quelques phrases suffisamment bien placées pour appuyer là où il fallait pour que je ne puisse rester indifférent. 

J'ai eu envie de répondre. De me défendre. Tout de suite, j'avais les arguments, je savais ce qui était faux, injuste, exagéré, et je disposais même de quelques piques qui auraient fait mouche à leur tour. J'avais raison. Enfin… j'avais mes raisons.

Je n'ai rien fait. 

J'ai attendu.

Quand nous nous sentons attaqués, nous croyons nous défendre contre des paroles injustes. Je n'en suis plus si sûr. Nous nous défendons peut-être d'abord contre ce que ces paroles provoquent en nous : une blessure, de la colère, parfois de la honte, ou cette sensation désagréable que l'autre vient de toucher quelque chose qui n'est pas entièrement faux. Alors nous argumentons. « Ce n'est pas vrai. » « Tu exagères. » Nous appelons cela nous défendre. Le problème, c'est qu'en face, ce n’est pas reçu comme une défense : votre interlocuteur y entend lui aussi une attaque. La danse commence. Eric Bern dirait « le jeu ».


Longtemps j'ai cru qu'il n'existait que deux possibilités : répondre ou se taire. Il en existe une troisième : attendre. Ne pas répondre à chaud ne revient pas à nier ce que vous ressentez, c'est presque l'inverse. La colère est là, la blessure aussi, l'envie de rendre le coup également. Vous pouvez laisser l'émotion exister sans lui donner le clavier. Quelques heures plus tard, ce qui semblait indispensable à dire ne l'est souvent plus du tout.

Reste alors une question bien plus intéressante : dans ce qui vient de m'être dit, qu'est-ce qui est vrai ? Ce n'est pas « est-ce qu'il a raison ? ». Quelqu'un peut être injuste dans sa manière de vous parler et toucher juste. Il peut vous prêter des intentions qui ne sont pas les vôtres et vous montrer malgré tout l'effet réel de vos paroles. Reconnaître cette part-là procure une liberté extraordinaire.


Pour qu'une accusation blesse vraiment, il faut souvent qu'elle rencontre en nous quelque chose qui demande encore à être défendu. Prétentieux ? Je l'ai sans doute été. Égoïste ? Probablement. Incohérent ? Bienvenue dans l'espèce humaine. Si je dois absolument prouver le contraire, le premier qui m'en accuse dispose de ma paix intérieure ! Je deviens sa marionnette. 


La non-défensive n'est pas la soumission. Vous pouvez dire « ça, je l'entends », puis « ça, en revanche, je ne l'accepte pas ». Vous pouvez vous excuser sans vous accuser, poser une limite sans punir. Peut-être est-ce cela, être adulte dans une conversation : ne pas avoir besoin de transformer l'autre en coupable pour rester innocent.


Il existe une très belle image taoïste : si une épée vous attaque, soyez l'océan. Une épée peut être affûtée. Elle ne peut pas blesser l'océan.


J'ai attendu. Refusé de réagir. Pris ma part. Trouvé les mots. J’ai répondu.


« Response able »


Responsable.