mercredi 20 mai 2026

Devenez Maestro du PowerPoint



La bonne réponse à la question posée par le post d'hier tient en une phrase que Robert Gaskins, l'inventeur de PowerPoint, avait pitchée à Bill Gates en 1987 avec deux mots précis, modestes, presque désarmants : il avait conçu PowerPoint pour produire des aides visuelles

Les mots comptent parce qu'ils disent exactement ce que personne ne fait. Une aide, par définition, est subordonnée. Elle est au service de quelqu'un, votre auditoire, à qui vous vous adressez. 

Vos slides devraient être là pour ceux qui vous écoutent. Et pour eux seulement.

Une aide n'occupe pas la scène, elle l'éclaire. Voilà pourquoi quatre-vingt-quinze pour cent de ce qui se projette aujourd'hui dans les salles de réunion du monde n'est pas une aide visuelle : c'est un concurrent. Un concurrent que vous avez vous-même installé derrière vous et qui crée une distraction mortelle pour l'intérêt que votre auditoire vous portait jusque-là !

Mort par PowerPoint, donc, et la mort, ici, n'est pas une métaphore, c'est devenu un protocole.

Trois critères, et trois seulement, distinguent une vraie aide visuelle de tout ce qui est projeté de nos jours. 

Le premier : elle montre ce que la parole ne peut pas dire. Un graphique de tendance, une photographie, un schéma, une carte, un visage, un avant-après. Tout ce qui appartient au régime du visible et qui, traduit en mots, perdrait son évidence ou exigerait trois minutes d'explication poussive là où l'œil comprend en une seconde. Le test est imparable : si ce que vous projetez peut être dit à l'oral, ce n'est pas une aide visuelle, c'est un prompteur. Pire, un prompteur affiché en grand derrière vous, lu par tout le monde plus vite que vous ne le prononcez. Qui transforme votre prise de parole en lecture à voix haute d'un document que l'auditoire aurait pu lire seul, en silence, en deux fois moins de temps.

Le deuxième critère : elle se lit instantanément. Deux secondes, trois maximum, puis l'œil revient à vous. L'attention humaine est un budget fini, et chaque seconde passée à déchiffrer votre slide est une seconde qui ne vous écoute pas. D'où la règle, d'une simplicité enfantine et pourtant jamais respectée : un seul message par diapositive, exprimé visuellement, et non sept bullet points qui sont en réalité sept diapositives mal déguisées en une seule. 

Le troisième critère, le plus oublié, le plus puissant : elle disparaît quand elle a fini d'aider. L'écran noir, la touche B, la diapo noire entre deux moments visuels, ce sont des outils essentiels que presque personne n'utilise, parce que personne n'a appris qu'une image qui reste affichée continue de capter le regard, même quand l'orateur est passé à autre chose. Une aide visuelle bien conçue apparaît au moment précis où elle aide, et s'efface au moment précis où elle cesse d'aider pour commencer à parasiter. 

Alors la prochaine fois que vous ouvrez PowerPoint, posez-vous la seule question qui compte : ce que je m'apprête à projeter aide-t-il ceux qui écoutent à mieux comprendre ce qui est dit, ou le remplace-t-il ? Si c'est la seconde réponse, fermez le logiciel. 

Vous savez désormais ce que personne autour de vous ne sait. À vous d'en faire quelque chose demain matin ! 

Tout le monde me dit ne plus supporter tous ces tunnels de slides soporifiques, mais ce sont exactement les mêmes que je vois le lendemain s'y engouffrer ! Que le changement commence par vous.


PS : Ces trois critères sont issus de la deuxième partie de « Captiver et Convaincre ». Si le sujet vous intéresse pour vos équipes, je suis joignable en MP.

mardi 19 mai 2026

Toujours plus de morts par PowerPoint




Il y a quelque chose de touchant à observer, dans une salle de réunion, un cadre supérieur diplômé d'une grande école, salaire à six chiffres, lancer son fichier .pptx avec la même assurance qu'un pilote de ligne enclenche son pilote automatique. « Business as usual». Il fait ce que tout le monde fait. 

C'est exactement le problème. 

Demandez autour de vous à quoi sert PowerPoint. Vraiment, faites le test à la machine à café, au prochain dîner, dans l'ascenseur. La réponse arrivera, unanime, désarmante de candeur : « à faire des présentations ».

Voilà. 

Quarante ans d'existence de ce logiciel, des milliards de slides projetées sur la planète, des trillions de bullet points alignés, tous au cordeau, et le consensus mondial tient en quatre mots. 

Quatre mots qui sont tous faux. 

Une présentation, ce n'est pas un fichier. Ce n'est pas une succession de diapositives. Ce n'est pas un PPT qu'on lit à voix haute en tournant le dos à son public. 

Une présentation, c'est un être humain qui parle à d'autres êtres humains. 

Vous êtes la présentation.

Le drame n'est pas culturel, il est mimétique. On utilise PowerPoint comme les autres l'utilisent, c'est-à-dire mal, parce qu'on n'a jamais vu personne l'utiliser autrement. Comme tout le monde fait pareil, personne ne s'aperçoit que tout le monde se trompe. Le résultat, on le connaît : des slides surchargées que l'orateur lit de dos pendant que l'auditoire les lit de face, plus vite que lui, ce qui produit ce moment exquis où quinze personnes ont fini la diapo 8, pendant que le malheureux en est encore à introduire le sous-titre. 

Alors revenons à l'origine du désastre. À quel usage Robert Gaskins, l'ingénieur qui a inventé PowerPoint dans une petite boîte appelée Forethought, destinait-il son logiciel quand il l'a vendu à Bill Gates en 1987 ? Pas à faire des présentations, non. Cela existait déjà : on appelait ça parler. Il a pitché tout autre chose à Gates, quelque chose de bien plus modeste, bien plus précis, et bien plus honnête. Quelque chose qui, si chacun s'en souvenait avant d'ouvrir son fichier .pptx, épargnerait à l'humanité des millions d'heures de souffrance hebdomadaire et autant de scolioses naissantes.

Vous pensez avoir la bonne réponse ? Donnez-la moi en commentaire !

Indice : ça n'a rien à voir avec une salle de réunion, encore moins avec un comité de direction, et l'inventeur s'est lui-même excusé publiquement de l'usage que l'humanité avait fait de son invention. 

À vos claviers. 

La révélation (!) demain matin !

lundi 18 mai 2026

Cachez ces narines que je ne saurais voir...

 



Regardez les trois photos ci-dessus. Vous n'avez pas besoin d'explication, la démonstration saute aux yeux. Pourtant, neuf personnes sur dix qui prennent la parole en ligne se présentent dans la première configuration, le visage qui remplit le cadre, les épaules coupées, le menton qui flotte près du bord supérieur. Cette distance-là, en présentiel, est habituellement réservée à ceux qu'on embrasse ! 

C'est la distance intime, celle qu'Edward T. Hall situait entre zéro et quarante-cinq centimètres, celle du chuchotement, de la confidence et du contact physique imminent. Imposée à un client en rendez-vous ou à un auditoire de quinze personnes, elle produit un malaise diffus que personne n'identifie, mais que tout le monde ressent : on est trop près de vous, on ne sait plus où regarder, votre visage devient un paysage scruté pli par pli au lieu d'être un signal au service d'un propos.

La bonne distance, c'est la troisième photo, à la limite la seconde. Cadrage poitrine, buste dégagé, mains qui peuvent entrer dans le champ quand elles racontent quelque chose. Bref, ce que Hall appelait la distance sociale, celle de la réunion professionnelle, de l'entretien, de la prise de parole devant un groupe restreint. À cette distance, votre gestuelle redevient lisible, votre respiration redevient visible, votre présence cesse d'être un gros plan involontaire pour redevenir une adresse. C'est là que tout se joue : en ligne, votre présence repose sur trois canaux : le visage, la voix, le geste. Coupez le geste, ramenez le visage à un format passeport collé contre la lentille, et il ne vous reste plus que la voix pour exister. Vous venez de diviser votre présence par dix. Vous l'avez fait sans le savoir, parce que l'ordinateur est posé sur le bureau, que la caméra est là où elle est, et que personne ne vous a jamais dit qu'il fallait reculer.

Reculez.

Quarante à soixante centimètres de plus, parfois davantage. Surélevez la machine pour que la caméra soit à hauteur de vos yeux et non en contre-plongée sur votre menton. Si l'écran devient trop loin pour être lu, branchez un second écran, agrandissez la police, ou imprimez vos notes. On s'arrange toujours avec la logistique, on ne s'arrange jamais avec une présence amputée. Ce micro-réglage, qui prend trois minutes à mettre en place une fois pour toutes, change radicalement ce que vos interlocuteurs perçoivent de vous : un orateur posé dans son espace, qui occupe son cadre, dont le corps participe au discours. Pas un visage écrasé contre une vitre.

La puissance des outils n'a jamais activé la présence de personne. C'est l'inverse. 

La première décision qui sépare ceux qui captivent en ligne de ceux qui s'y épuisent (et nous épuise !) tient dans un geste aussi banal que de reculer sa chaise.


vendredi 15 mai 2026

Un, deux, trois ?...

La musique…

Combien de fois me suis-je retrouvé devant un morceau à me demander où était le premier temps, le second, où placer l’accent ?… Toutes ces questions théoriques. Elles ne m’ont jamais empêché de faire de la musique. Mais elles ont souvent laissé un léger goût amer. La sensation de ne pas entendre totalement. Pas correctement. Pas “comme il faudrait”.

Puis, avec le temps, une évidence apparaît : la musique ne dépend jamais que des oreilles qui l’écoutent.

Les seuls moments où il devient réellement important d’entendre ce que les autres entendent, ce sont ceux où nous devons jouer ensemble. Là, oui, il faut se rejoindre et trouver un terrain commun. Il est important de respirer au même endroit et de respecter les conventions.

Mais, pour tout le reste… faites comme il vous plaît.

Que votre premier temps soit là où vous avez envie qu’il soit.

Les autres et leurs conventions n’ont de valeur que lorsqu’ils nous enrichissent, nous ouvrent des portes et nous permettent d’aller plus loin.

S’ils vous donnent surtout le sentiment de ne jamais être à la hauteur, alors il est peut-être temps de changer de crémerie.





jeudi 14 mai 2026

Voyages, voyages...

Nous voyageons de plus en plus et nous découvrons de moins en moins.


Rome est une ville magnifique. C’est vrai.

Le Colisée est impressionnant. La fontaine de Trevi l’est aussi. Le Vatican est à couper le souffle.

Pourtant, au milieu de ces foules compactes, de ces milliers de téléphones levés, de ces selfies identiques pris exactement au même endroit, une question a fini par surgir dans mon esprit :


Qu’est-ce que voyager réellement ?


J’étais à Rome ces derniers jours pour travailler.

J’en ai profité pour y rester un peu avec ma femme qui découvrait la ville. Je regardais tous ces gens consommer les monuments comme on coche des cases. À la façon de travailleurs épuisés du « métro, boulot, dodo », pour eux c'était « voir, photographier, poster ». Puis passer au monument suivant, à la prochaine adresse.


Mais que voit-on encore lorsque tout a déjà été vu ?

Que ressent-on lorsque chaque angle de vue a déjà été photographié des millions de fois ?


Le tourisme de masse ressemble parfois à une étrange tentative de validation collective.

Nous allons là où les autres sont allés pour reproduire les images qu’ils ont eux-mêmes reproduites.


Le vrai voyage est ailleurs. Il faut qu’il soit ailleurs.


Il commence peut-être précisément lorsque le confort disparaît un peu, lorsque nous ne maîtrisons plus totalement, lorsque nous nous retrouvons dans un endroit où nous ne comprenons pas bien la langue, où nous risquons une panne, une erreur, une mauvaise rencontre ou, au contraire, une rencontre qui nous bouleverse.


Voyager, ce n’est peut-être pas que changer de décor. C’est aussi accepter d’être déplacé intérieurement, de se retrouver désorienté. 


Certains traversent la planète sans jamais quitter leurs habitudes, leurs certitudes ou leur petit personnage social. D’autres vivent une aventure à quelques centaines de kilomètres de chez eux parce qu’ils acceptent enfin de regarder vraiment. 


Je crois que les voyages les plus intéressants sont ceux qui portent la trace du désir singulier de quelqu’un et non pas ceux dictés par les algorithmes, les tendances ou les « must see ».


Si votre voyage est le vôtre, s’il raconte quelque chose d’intime, d’étrange, de risqué ou de profondément humain… alors oui, peut-être aurai-je envie de voir vos photos.


"Shout out" à mon frère Pierre-Olivier et à mon cousin Julien qui revient d’Afrique, qui eux, semblent vivre ce type d’expérience où le voyage redevient une aventure humaine plutôt qu’une consommation de lieux et d’images ainsi qu'à mon ami de toujours, Lionel, qui m’a plus d’une fois emmené dans des voyages de ce genre dans lesquels jamais je ne me serais lancé sans son énergie et son appétit de vie…

mercredi 13 mai 2026

Sérieusement, du vinyle ?

Une bonne fois pour toutes : le son d’un disque vinyle n’est pas « meilleur ».

Je sais que cette phrase ressemble à un blasphème pour certains.
Et pourtant…

Le vinyle est une technologie née dans les années 20. Une invention magnifique pour son époque, révolutionnaire même. Mais, aussi une technologie mécanique, fragile, limitée, capricieuse.
Du souffle. Des craquements. Une dynamique réduite. Une sensibilité aux vibrations, à la poussière, à l’humidité, à l’usure. Une pointe qui frotte physiquement dans un sillon. Archaïque !

Malgré cela, beaucoup continuent d'affirmer que “ça sonne mieux”.

Pourquoi ?

Parce que l’être humain confond très souvent qualité et sensation.

Le vinyle ne sonne pas plus fidèle. Il apporte une couleur, une déformation et même une patine. Une forme de nostalgie acoustique. Cette nostalgie est bien réelle, mais elle ne caractérise pas un meilleur son. Loin de là !

Ce qui est fascinant, c’est que nous faisons exactement la même chose dans nos vies professionnelles.

Dans mes formations à la prise de parole, je vois des personnes s’accrocher à des façons de communiquer anciennes, rigides, parfois inefficaces… simplement parce qu’elles leur semblent « plus sérieuses », « plus professionnelles », « plus authentiques ».

Comme le vinyle.

On confond souvent l’habitude avec la vérité. L’ancien avec le meilleur. Le familier avec le performant.

Combien de dirigeants continuent à parler avec une voix monocorde parce qu’on leur a appris qu’il fallait “rester sobre” ?
Combien de présentations interminables survivent simplement parce que “c’est comme ça qu’on a toujours fait” ?
Combien de personnes pensent encore qu’être crédible signifie gommer toute spontanéité, toute émotion, toute présence vivante ?

Là aussi, il y a du souffle. Des craquements. Des parasites.

Et pourtant, certains y voient de « l'authenticité ».

Attention : je ne critique ni le vinyle… ni le passé.
Je comprends parfaitement le plaisir presque sensuel qu'il y a à poser un disque sur une platine. Comme je comprends le charme d’un vieux micro Neumann, d’une caméra super 8 ou d’un carnet papier.

Mais, il faut distinguer deux choses :
ce qui nous touche… et ce qui est objectivement meilleur.

Le danger commence lorsque la nostalgie devient une idéologie, parce qu’alors, nous cessons d’évoluer.

Le monde de la communication est rempli de vinyles : de vieilles méthodes qui résistent au changement, des codes morts maintenus juste parce qu'ils marchent, de postures poussiéreuses qui ne donnent que l'illusion du sérieux.

Pendant ce temps, les êtres humains, eux, attendent autre chose. Ils veulent de la présence, du relief, une vibration réelle, quelque chose qui soit vivant. Vraiment vivant !

Cela ne vient jamais d’une vieille technologie qui nous rappelle à nos anciennes amours.

Cela vient toujours d’un être humain qui ose être là.


lundi 11 mai 2026

Ce qui fait la connexion...

Notre éducation, celle que nous ont donnée nos parents et que le système éducatif est venu renforcer, nous ont appris à parler comme il faut, à faire des phrases propres, à obéir aux règles de la grammaire, à vouloir supprimer les hésitations, les silences et les aspérités.
Tout cela dans un effort de crédibilité. 

Mais, à force de vouloir paraître crédibles, beaucoup finissent par devenir absents !

Mon expérience me le montre tous les jours : ce qui capte notre attention d'êtres humains, ce n'est pas la perfection. C'est la présence. Une présence qui est parfois imparfaite, hésitante et vulnérable, mais qui est habitée.

Lors d’une réunion, d’un rendez-vous ou d’une présentation, la différence saute immédiatement aux yeux et aux oreilles entre quelqu’un qui récite ce à quoi une intervention “devrait” ressembler… et quelqu’un qui est réellement là.

Le problème est que nous sommes programmés à vouloir contrôler notre image. Les réseaux sociaux sont venus ajouter une pression supplémentaire. Nous voulons paraître en contrôle de qui nous sommes et de ce que nous disons et nous en oublions d'habiter notre parole. 

Convaincre n'est pas une question de performance. C'est une question de contact. De connexion.

Cette connexion se vide d'elle-même lorsque toute notre énergie est mobilisée à "bien faire".

Ce que cela signifie pour vos interventions et vos présentations, c'est l'importance de votre préparation et de votre implication. Car ce sont elles qui vous permettront ensuite de lâcher sur le reste. De laisser l'imparfait qui compose votre humanité de s'exprimer. Votre naturel.

Il ne s'agit pas "d'être vous-même", cette expression n'a pas beaucoup de sens. Il s'agit de vous laisser être naturel. "Comme vous êtes", pour paraphraser le slogan d'une grande marque de fast-food !

À cette condition seulement, vous retrouverez la chose la plus précieuse dans toute communication : celle de donner à votre auditoire la sensation d'un être humain réellement présent devant lui.