67 % des hommes ont préféré une décharge électrique à… rien.
On place un homme seul dans une pièce pendant quinze minutes. Rien à faire, rien pour se distraire, personne à qui parler. Juste lui et ses pensées.
À la sortie, le mot qui revient n'est pas ennui. C'est souffrance.
Alors, des chercheurs ont ajouté un bouton dans la pièce qui délivre une décharge électrique, la même qu'on leur avait fait tester avant, et qu'ils avaient jugée désagréable au point d'être prêts à payer pour l'éviter. Le résultat : 67 % des hommes ont préféré s'infliger cette décharge plutôt que de rester seuls avec eux-mêmes contre 25 % chez les femmes. (Wilson et al., Science, 2014*).
Nous voilà. Nous sommes démunis devant le vide et prêts à la douleur pourvu qu'il se passe quelque chose.
Nous sommes des faiseurs, des êtres d'action. C'est par l'action que nous avons survécu, que les ponts se construisent, que les projets aboutissent, que la Lune a été conquise. Tout ce que l'humanité a de grand est sorti de cette inquiétude, de cet appel au mouvement.
Mais, nous ne sommes pas ce que nous faisons. Avoir perdu le lien avec notre intériorité, pour ce qu'elle est, et non pour ce qu'elle produit, n'est pas une bonne nouvelle. Tous les écrans à portée de main ne sont pas le remède à ce malaise : ils en sont la version moderne, le bouton qu'on presse pour ne pas avoir à se rencontrer.
Alors, je propose l'inverse. Fabriquer de l'ennui. S'asseoir, sans bouton, et observer ce qui se met à vivre en nous quand plus rien ne pousse, ne tire, ni ne discute. Écouter ce qui résonne quand on cesse d'agir. Non pour fuir l'action, mais pour qu'elle parte enfin de quelque part.
Le bouton est toujours là. La vraie liberté, c'est de ne pas le presser.
*Wilson, T. D., Reinhard, D. A., Westgate, E. C., Gilbert, D. T., et al. (2014). « Just think: The challenges of the disengaged mind », Science, vol. 345, n° 6192, p. 75-77.
