vendredi 31 juillet 2026

Commencez par eux !

Je suis gourmand.

Comme tous les gourmands, j'ai mes petits plats préférés. Les spaghettis alla carbonara, par exemple. Ou la soupe Tom Kha Kai !

Autre de mes hobbies : la pêche.

Lorsque je vais à la pêche, je ne me pose pas de questions. Pour attraper un beau poisson, je mets au bout de ma ligne un peu de ce que j'aime le plus… Un peu de spaghettis, un peu de riz, un peu de poulet.

Et ça ne marche pas.

Pourquoi ?

J'ai une idée : les poissons n'aiment pas ce que j'aime. Les poissons n'ont que faire de mes spaghettis. Ce qu'ils veulent, ce sont des vers, luisants et charnus.

Le fait que je n'aime pas les vers ne change rien à l'équation. Si je veux attraper du poisson, je dois mettre au bout de ma ligne quelque chose que le poisson apprécie.

Et c'est exactement la même chose avec vos auditoires.

Vos présentations, la plupart du temps, c'est vous en train de parler de ce dont vous pensez devoir parler, de la façon qui vous satisfait le plus, comme vous aimeriez que ce sujet vous soit présenté à vous.

Et ça ne marche pas.

Parce que vous ne partez pas de votre auditoire pour préparer votre présentation. Et parce que votre auditoire n'a que faire de ce que vous avez à vous dire à vous-même.

Pour réussir vos présentations et toutes vos prises de parole, ne présentez pas à vous-même : demandez-vous d'abord ce que ceux qui vous écoutent ont besoin d'entendre, et ce qui leur sera utile.

Donnez-leur les vers qu'ils espèrent.

Troubles de l'attention...

Vous en êtes atteint. Je suis atteint. Nous sommes tous atteints !

Pas parce que nous sommes malades, mais parce que nous luttons contre plus fort que nous.

L'algorithme nous tient. Il nous tient parce qu'il sait comment fonctionne un être humain et ce dont cet être humain croit avoir besoin. Des millions d'années d'évolution nous rendent totalement transparents à qui sait où regarder, et les sociétés américaines et chinoises que sont Meta, TikTok, Google, Apple et Amazon savent où regarder : leur survie en dépend…

Ils nous tiennent.

Ils tiennent aussi nos enfants, qui ne savent plus regarder un film en entier ni lire un texte long. Ils accélèrent les images, et croient avoir vu une œuvre parce qu'ils en ont recollé les fragments découpés par d'autres, des fragments taillés en toute impunité dans des films qui ne devraient pas pouvoir être vus autrement que dans leur totalité.

Ils nous tiennent, et ils tiennent notre attention.

Nous ne sommes pas malades. Nous avons juste besoin de nous souvenir de qui nous sommes et de ce dont nous avons vraiment besoin. Du temps, de l'oubli, du vagabondage mental, de l'ennui. Rien de confortable, mais tellement nécessaire.

Et pourtant, personne ne reprendra cette main à notre place.

Alors commencez petit.

Vous n'arrivez plus à lire ? Donnez-vous pour objectif de lire dix secondes par jour.

Oui, dix secondes.

C'est un objectif à ce point court qu'il en devient ridiculement facile à atteindre. Une fois que vous serez installé pour lire dix secondes, il est probable que vous en viendrez à lire une minute supplémentaire, voire plus…

Recommencez le jour d'après, et celui d'après…

Nous devons reprendre à ces sociétés prédatrices notre temps, notre attention, notre vie.

Sinon, ils pourraient bien les garder.


mercredi 22 juillet 2026

Faites que ça joue !

Les Suisses ont une expression que j'aimerais voir traverser la frontière : « Ça joue. » On leur propose une date, une méthode, un arrangement, et ils répondent : ça joue pour toi ? Si ça joue, tout le monde est content. Ce n'est ni infantile, ni ridicule, ni approximatif. Ça joue veut dire : c'est fluide, c'est juste, c'est à sa place. Ça veut dire que c'est bien.

Parce qu’en toute honnêteté, vos présentations, elles, ne jouent pas. Elles peinent, elles rament. Slides surchargées, transitions laborieuses, ce théâtre moyen où celui qui parle récite un texte que personne n'écoute et où ceux qui écoutent n’ont qu’une idée en tête : que cela finisse. Personne ne s'amuse et pour finir, personne ne se souvient de rien. Autant de temps perdu !


Pour filer la métaphore avec le métier d’acteur, on dit bien qu'ils jouent leur pièce. Le mot est le même, et ce n'est pas un hasard. Derrière ce qui semble facile, léger, évident, il y a des heures dans des salles de répétition mal chauffées, parfois sordides, hors de prix pour ce qu'elles sont. Des heures à reprendre, couper, recommencer. Sans ce travail invisible, rien ne joue : ni la fluidité, ni la complicité, ni le rire, ni le droit de réclamer le bon argent du public. Ce qui a l'air spontané sur scène est ce qui a été le plus travaillé en coulisses.

C'est exactement ce qu'on vous demande. Non pas d'être sérieux ou compétent, vous l'êtes déjà. Mais de travailler pour que ça joue. Pour que ceux qui assistent à votre présentation s'amusent à vous écouter, comprennent sans effort, et viennent ensuite vous remercier de les avoir compris.


Il est possible d’arrêter de perdre votre temps et le leur. Répétez, coupez, allégez, incarnez. Comme diraient nos amis québécois : ayez un peu de fun.


Parce qu'une chose est sûre : si ça joue pour vous, il y a une chance pour que ça joue pour eux.

lundi 20 juillet 2026

PARTAGER SON ÉCRAN, C'EST UN PEU COMME QUITTER LA PIÈCE...

La visioconférence a été inventée pour une chose précise : abolir la distance entre quelques personnes afin qu’elles puissent se parler en temps réel. Se voir, se répondre, s’interrompre, se comprendre. Une conversation, en somme : le plus ancien et le plus efficace des formats humains, servi par l’un des outils les plus récents. Depuis la pandémie de Covid, j’ai découvert qu’il était possible de former et de coacher efficacement à distance, ce dont je doutais auparavant. C’est possible, certes… mais pas n’importe comment.

En général, les problèmes commencent quand quelqu’un clique sur « Partager l’écran ».
À cet instant, tout bascule. Votre visage disparaît pour devenir une simple vignette. Ceux de vos interlocuteurs deviennent décoratifs. La conversation promise se transforme en séance de projection, et vos collègues en spectateurs d’un document qu’ils auraient lu deux fois plus vite, seuls, derrière leur bureau.
Pire encore : le déroulé est souvent linéaire. Il empêche de réagir à ce qui se passe réellement dans la réunion. Une objection naissante s’éteint. Une question reste suspendue. Les regards décrochent, les esprits aussi. Vous avez pris un média conçu pour l’interaction et vous y avez enfermé un média conçu pour le monologue.

Vos interlocuteurs le perçoivent. Le manque de considération transparaît, même lorsqu’il n’est pas intentionnel. Projeter un document pendant une réunion revient à dire implicitement : je ne vous fais pas confiance pour lire, et je ne me fais pas suffisamment confiance pour parler.

L’alternative est d’une simplicité désarmante. Si le document existe, envoyez-le avant. S’il est vraiment décisif, interrompez la réunion deux minutes et laissez chacun le lire en silence. Les adultes autour de la table savent lire, et probablement mieux que vous ne présentez. Puis reprenez la conversation. La vraie. Celle pour laquelle chacun a accepté de consacrer une heure de sa vie.

Lire et interagir sont deux activités différentes. Une réunion qui les confond échoue presque toujours aux deux. 

mercredi 8 juillet 2026

« Oui mais moi, mon entreprise exige des slides. »

Cette objection est arrivée, comme prévu, après mon dernier billet sur PowerPoint.

Alors, réglons la question. Quand votre entreprise exige des slides, trois postures s'offrent à vous.

La première : utiliser PowerPoint correctement. C'est-à-dire pour votre auditoire, jamais pour vous. Une image qui frappe, un chiffre qui reste, un schéma qui éclaire ce que vous dites. La slide sert à ceux qui écoutent. Elle n’est pas là pour vous servir de prompteur. Le test est simple : si votre présentation s'effondre quand l'écran s'éteint, ce n'était pas une présentation, c'était une lecture publique.

La deuxième : le courage. Ne pas faire ce que tout le monde fait. Arriver sans slides, regarder les gens, leur parler. C'est audacieux, et l'audace se remarque. C'est précisément son intérêt. Dans une journée de douze présentations identiques, celui qui se lève sans slides derrière lui affirme son style, prend le pouvoir. Pourquoi les hauts dirigeants n’utilisent que peu ou pas de slides, à votre avis ?

La troisième : le conformisme. Personne n'a jamais été viré pour avoir fait une mauvaise présentation ! Alors, vous obéissez à la loi du plus grand nombre, vous empilez les bullet points, et vous vous oubliez dans le gloubiboulga général. C'est confortable, mais cela vous rend invisible. 

Ces trois postures sont des choix. 

N’allez pas croire que vous n'avez pas le choix. Vous l'avez toujours. La vraie question n'est pas « est-ce que mon entreprise exige des slides ? » La vraie question est : « Qui décide de ce que vous faites face à une salle qui vous écoute, votre entreprise, ou vous ? »


mardi 7 juillet 2026

Ils se savent meilleurs, ils le voient et pourtant ils reviennent en arrière dès le lendemain...

Une fois encore, dans le groupe que je viens d'animer, la même révélation : à quel point PowerPoint abîme une bonne communication. 

Les participants ne me croient pas sur parole. Filmés, ils se voient à l'écran, avec et sans slides. Le verdict est sans appel : tellement meilleurs sans. La connexion à l'auditoire revient. Les arguments gagnent en force. Le débit se fait plus fluide. Le contact visuel n'est plus interrompu toutes les deux secondes pour vérifier sur la slide ce qu'il faut dire ensuite. 

Ils sont meilleurs, ça leur saute aux yeux. Pourtant, dès le lendemain : retour au PowerPoint pour la plupart. 

Pourquoi ? Parce que c'est ce que tout le monde fait. Parce que dans la majorité des entreprises, un dogme fait loi : « Ici, on a toujours fait comme ça. » Il n'existe pas de dogme plus destructeur. Si vous faites ce que tout le monde fait, vous obtiendrez ce que tout le monde obtient : la sécurité de vous fondre dans le décor, mais cela au prix de votre originalité, de vos idées, de votre puissance. 

Le pire PowerPoint n'est pas celui qui endort votre auditoire, mais c'est celui derrière lequel vous vous cachez. 

À vous de choisir : vous rassurer, ou prendre le risque de les impressionner. 


lundi 6 juillet 2026

Pourquoi vous devriez porter le tee-shirt de votre groupe préféré.

Pas pour afficher vos goûts. Personne n'en a Cure 😉, et c'est très bien ainsi.

Mais, pour créer des conversations.

Je porte régulièrement mon sublime tee-shirt bleu de Bon Iver, mon groupe favori. J'ai 60 ans, l'âge des chemises, paraît-il. Mais à chaque fois que je le porte, je croise un ou deux fans et cela ouvre à la rencontre de gens fabuleux.

La musique de Bon Iver ne peut attirer que des gens fabuleux.

Rassurez-vous : cela marche aussi avec Depeche Mode, Kendrick Lamar, Taylor Swift ou Ed Sheeran. « Fabuleux » est une notion relative.

Bien sûr, je suis préparé. Quand je reçois ce clin d'œil complice qui signifie « j'ai vu votre tee-shirt et je suis d'accord », je m'approche. Et je déroule un petit script.

« Alors, vous aimez Bon Iver, j'ai vu votre clin d'œil ! Quelle est la chanson qui vous a fait tomber dedans ? »

C'est un exercice de santé mentale. Aller vers des inconnus, traverser l'inconfort, et savourer le plaisir de nouer une relation, de découvrir des horizons différents des miens.

Un tee-shirt, une question, une rencontre.

À une époque où les algorithmes ne nous connectent qu'à des gens virtuels et qui nous ressemblent, un tee-shirt fait mieux : il connecte à des gens du vrai monde et qui nous surprennent.

Et vous, quel tee-shirt avez-vous dans votre penderie ?



Je suis tombé hier sur Vinted sur le tee-shirt et le billet du concert de Marillion à Lyon en 1985. Mon premier concert… Juste envie de partager ça avec vous. Il y a des clins d'œil qui ne s'ignorent pas !