jeudi 18 juin 2026

Autant de bêtise ?....

Si vous êtes comme moi, vous ne comprenez pas comment il est possible, à peine 80 ans après la fin du deuxième conflit mondial, après 68 millions de morts, que les humains continuent de penser que la violence peut résoudre leurs problèmes et leurs différends.
Ceux qui nous dirigent sont-ils à ce point limités ?
Il est bien possible que ce soit le cas et avant de les blâmer pour ce manque criant d'intelligence, il convient de se demander : la bêtise humaine dont parlait si bien Einstein, la qualifiant d'aussi infinie que l'univers, où puise-t-elle sa source ?…
Comment se fait-il que nous connaissions la sagesse depuis des millénaires, mais qu'il nous soit impossible de la mettre en acte ?
La psychologie évolutive nous donne des éléments de réponse. 
Il y aurait trois moteurs principaux :

L'ego défensif. Le premier moteur, c'est le besoin de cohérence interne. Le cerveau humain déteste la dissonance cognitive : il préfère défendre une croyance fausse plutôt que de supporter l'inconfort de se tromper. Ce n'est pas de la bêtise au sens d'un manque d'intelligence : c'est une intelligence mise au service de sa propre protection. Les personnes les plus brillantes y sont souvent les plus vulnérables, parce qu'elles ont plus de ressources rhétoriques pour justifier ce qu'elles refusent de remettre en question.

Le mimétisme tribal. Le deuxième moteur est social. L'appartenance à un groupe a été, pendant la quasi-totalité de l'histoire évolutive humaine, une condition à notre survie. Adopter les croyances du groupe, même si elle sont absurdes, est donc un comportement profondément rationnel à l'échelle tribale. Ce qui ressemble à de la bêtise collective n'est souvent que de la loyauté mal recalibrée : on pense avec son groupe avant de penser par soi-même.

La paresse attentionnelle. Le troisième moteur est cognitif. Le système de pensée rapide, ce que Kahneman appelle le Système 1, est économe et souvent suffisant. La réflexion lente demande un effort que la plupart des situations quotidiennes ne semblent pas justifier. La bêtise naît alors moins d'une incapacité à penser que d'une absence de raison perçue de le faire. Le danger vient quand les enjeux sont réels et que le pilote automatique reste enclenché.

Alors, la bêtise humaine ne surgit pas du néant. Elle plonge ses racines dans ce que nous avons de plus ancien. Elle est, en un sens troublant, un sous-produit de notre désir de vivre. Comprendre n'absout rien. Les guerres, les haines, les violences, les meurtres, ces conséquences terribles ne se dissolvent pas dans cette prise de conscience.

À l'échelle collective, je ne me fais hélas guère d'illusions. Les systèmes qui prospèrent sur notre inattention sont trop bien construits, trop profitables et trop confortables pour leurs bénéficiaires pour céder à la seule lucidité de quelques-uns.

Mais, il y a quelque chose que ces systèmes ne contrôlent pas entièrement : notre intériorité. Ce que je choisis de penser quand personne ne regarde. La qualité de présence que j'apporte à une conversation, à un silence, à un autre être humain. Ce n'est pas rien. C'est même, peut-être, le seul endroit où la résistance est possible sans se perdre soi-même.

Pendant que le monde s'enflamme, et il s'enflamme, encore, commencer par là n'est pas un renoncement. C'est une manière d'être au monde, sobre et probablement la seule qui soit durable. 

Reste à savoir comment cultiver cette intériorité. La réponse, dans mon prochain post, tient en un mot.

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