vendredi 3 juillet 2026

« Mais, je plaisante ! Ne te vexe pas ! »

Vous connaissez la scène. En réunion, quelqu'un vous envoie une pique. Bien sentie et devant tout le monde. Vous le prenez mal et c’est tout à fait normal. Et l'auteur de lâcher, avec un grand sourire : « Je plaisante ! Ne te vexe pas ! »

Tout le monde ou presque se met à rire. Vous aussi, peut-être, pour ne pas vous exclure du groupe, pour faire bonne figure.
Pourtant, ce n’est pas drôle. Quelque chose de grave vient de se passer, et personne ne moufte. Personne n’est là pour protéger la personne visée. Tout le monde minimise alors qu’il n’y a rien à minimiser.
L'humour et l'humiliation commencent par les mêmes lettres. La parenté s'arrête là.
L'Analyse Transactionnelle a un nom pour cette scène : une transaction à double fond. En surface, une plaisanterie : au niveau social, tout va bien. En dessous, un message est caché : je te remets à ta place, devant témoins. Le « je plaisante » n'est pas une excuse, c'est le mécanisme même. Il permet de frapper et d'interdire à l'autre de se défendre dans le même mouvement. Si vous réagissez, vous manquez d'humour. Si vous encaissez, le coup est porté. Éric Berne appelait cela un jeu. Le gain du joueur : votre silence.
Comment sortir du jeu ? Pas en contre-attaquant, vous entreriez dans le jeu. La sortie : rester dans votre état Adulte, celui qui décrit les faits sans émotion et sans jugement.
Trois phrases suffisent, selon votre position dans la scène :
Si vous êtes visé : « Tu plaisantes peut-être. Moi, ça ne me fait pas rire. » Calme, factuel, sans agressivité. Vous ne discutez pas l'intention, vous nommez l'effet. Personne ne peut vous contester votre propre ressenti.
Si vous êtes témoin : « Je ne suis pas sûr que ça ait fait rire tout le monde. » Le silence des témoins est le carburant du jeu. Une seule voix qui décrit ce qu'elle voit, et le jeu s'arrête.
Si vous êtes manager : le sujet se traite à chaud, brièvement, et devant le groupe, parce que l'humiliation a eu lieu devant le groupe. « On reprend » n’est pas à la hauteur. « Cette remarque n'a pas sa place ici » suffit.
Que les choses soient claires : il est possible de rire de tout, y compris devant la personne. Une blague est une blague et le restera ; le monde a besoin de ses clowns. Que quelqu'un le prenne mal ne prouve pas la faute, la susceptibilité existe aussi. Cependant la vérité se révèle souvent une seconde après la chute de la blague, dans la réponse au malaise. Celui qui plaisantait répare. Celui qui visait accuse : « Tu es trop sensible. »
Alors, restez vigilant.
Ne laissez pas faire et ne vous laissez pas faire.
Et surtout, ne jouez pas !

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