Les Suisses ont une expression que j'aimerais voir traverser la frontière : « Ça joue. » On leur propose une date, une méthode, un arrangement, et ils répondent : ça joue pour toi ? Si ça joue, tout le monde est content. Ce n'est ni infantile, ni ridicule, ni approximatif. Ça joue veut dire : c'est fluide, c'est juste, c'est à sa place. Ça veut dire que c'est bien.
Parce qu’en toute honnêteté, vos présentations, elles, ne jouent pas. Elles peinent, elles rament. Slides surchargées, transitions laborieuses, ce théâtre moyen où celui qui parle récite un texte que personne n'écoute et où ceux qui écoutent n’ont qu’une idée en tête : que cela finisse. Personne ne s'amuse et pour finir, personne ne se souvient de rien. Autant de temps perdu !
Pour filer la métaphore avec le métier d’acteur, on dit bien qu'ils jouent leur pièce. Le mot est le même, et ce n'est pas un hasard. Derrière ce qui semble facile, léger, évident, il y a des heures dans des salles de répétition mal chauffées, parfois sordides, hors de prix pour ce qu'elles sont. Des heures à reprendre, couper, recommencer. Sans ce travail invisible, rien ne joue : ni la fluidité, ni la complicité, ni le rire, ni le droit de réclamer le bon argent du public. Ce qui a l'air spontané sur scène est ce qui a été le plus travaillé en coulisses.
C'est exactement ce qu'on vous demande. Non pas d'être sérieux ou compétent, vous l'êtes déjà. Mais de travailler pour que ça joue. Pour que ceux qui assistent à votre présentation s'amusent à vous écouter, comprennent sans effort, et viennent ensuite vous remercier de les avoir compris.
Il est possible d’arrêter de perdre votre temps et le leur. Répétez, coupez, allégez, incarnez. Comme diraient nos amis québécois : ayez un peu de fun.
Parce qu'une chose est sûre : si ça joue pour vous, il y a une chance pour que ça joue pour eux.
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