Nous voyageons de plus en plus et nous découvrons de moins en moins.
Rome est une ville magnifique. C’est vrai.
Le Colisée est impressionnant. La fontaine de Trevi l’est aussi. Le Vatican est à couper le souffle.
Pourtant, au milieu de ces foules compactes, de ces milliers de téléphones levés, de ces selfies identiques pris exactement au même endroit, une question a fini par surgir dans mon esprit :
Qu’est-ce que voyager réellement ?
J’étais à Rome ces derniers jours pour travailler.
J’en ai profité pour y rester un peu avec ma femme qui découvrait la ville. Je regardais tous ces gens consommer les monuments comme on coche des cases. À la façon de travailleurs épuisés du « métro, boulot, dodo », pour eux c'était « voir, photographier, poster ». Puis passer au monument suivant, à la prochaine adresse.
Mais que voit-on encore lorsque tout a déjà été vu ?
Que ressent-on lorsque chaque angle de vue a déjà été photographié des millions de fois ?
Le tourisme de masse ressemble parfois à une étrange tentative de validation collective.
Nous allons là où les autres sont allés pour reproduire les images qu’ils ont eux-mêmes reproduites.
Le vrai voyage est ailleurs. Il faut qu’il soit ailleurs.
Il commence peut-être précisément lorsque le confort disparaît un peu, lorsque nous ne maîtrisons plus totalement, lorsque nous nous retrouvons dans un endroit où nous ne comprenons pas bien la langue, où nous risquons une panne, une erreur, une mauvaise rencontre ou, au contraire, une rencontre qui nous bouleverse.
Voyager, ce n’est peut-être pas que changer de décor. C’est aussi accepter d’être déplacé intérieurement, de se retrouver désorienté.
Certains traversent la planète sans jamais quitter leurs habitudes, leurs certitudes ou leur petit personnage social. D’autres vivent une aventure à quelques centaines de kilomètres de chez eux parce qu’ils acceptent enfin de regarder vraiment.
Je crois que les voyages les plus intéressants sont ceux qui portent la trace du désir singulier de quelqu’un et non pas ceux dictés par les algorithmes, les tendances ou les « must see ».
Si votre voyage est le vôtre, s’il raconte quelque chose d’intime, d’étrange, de risqué ou de profondément humain… alors oui, peut-être aurai-je envie de voir vos photos.
"Shout out" à mon frère Pierre-Olivier et à mon cousin Julien qui revient d’Afrique, qui eux, semblent vivre ce type d’expérience où le voyage redevient une aventure humaine plutôt qu’une consommation de lieux et d’images ainsi qu'à mon ami de toujours, Lionel, qui m’a plus d’une fois emmené dans des voyages de ce genre dans lesquels jamais je ne me serais lancé sans son énergie et son appétit de vie…
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