Vous pensiez avoir le temps. Une vie, c'est tout de même quelque chose. Puis viennent les chiffres, qui nous ramènent à une réalité un peu triste, un peu déconcertante. La vie n'est pas courte. Mais elle n'est pas longue non plus.
Sur vos quatre-vingts ans, à peine quinze vous appartiennent vraiment. Le reste est déjà pris, réparti, réservé avant même d'avoir été vécu.
Vingt-sept ans passés à dormir. Onze ans à travailler. Six ans à cuisiner et à manger, cinq ans coincé dans les transports ou dans le trafic, quatre ans à faire des courses et à vous débattre avec la paperasse, trois ans dans votre salle de bains et pour les autres tâches ménagères. Ajoutez-y trois ans de petite enfance dont vous ne vous souvenez pas, trois années d'école, un an alité par la maladie, et un an, oui, un an, assis sur vos toilettes.
Faites le compte. Ce qui reste tient dans une décennie et demie. Quinze ans de vie pleinement à vous : pour aimer, créer, regarder le ciel, ne rien faire qui serve à quelque chose.
La leçon n'est pas de courir plus vite pour gratter quelques mois sur le sommeil ou le trafic. Ce serait passer à côté. La leçon, c'est que ces quinze années ne se trouvent pas dans une colonne séparée du tableau. Elles sont cachées dans les autres. Un repas peut être du temps perdu ou le meilleur moment de la journée. Un trajet, une corvée ou une parenthèse. La qualité de présence que vous mettez dans les vingt-sept ans transforme ce décompte.
Le temps qui vous appartient n'est pas celui qui reste. C'est celui qui vous voit vivant et présent.
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