vendredi 6 novembre 2026

La couleur du monde...

Regardez autour de vous. Repérez tout ce qui est marron.

Faites l’exercice, là, maintenant. Balayez la pièce du regard, à gauche, à droite, et notez mentalement tout ce qui est marron : le bureau, une reliure, le cuir d’un sac, le fond d’une tasse. Fermez les yeux. À présent, citez tout ce que vous avez vu de rouge.

La plupart des gens restent muets, ou presque. Le rouge était pourtant là. Rouvrez les yeux, cherchez-le : il surgit partout d'un stylo à la tranche d’un livre. Rien n’a changé dans la pièce. Seule votre intention a changé.

Cet exercice un rien éculé, qui circule autant dans les séminaires de développement personnel que ne circulent les feuilles de « post-it » (je hais les Post-it !), dit quelque chose de troublant et qui ne cesse d’être d’une infinie actualité dans la compréhension de nos comportements humains et qui préfigure de la qualité de nos journées. 

Ce qu’il dit : notre cerveau ne regarde pas le monde. Il le filtre. Il le filtre selon ce qu’il cherche. Mieux encore, pour se donner le sentiment de réussir, certains vont même jusqu’à mettre le bordeaux dans les rouges et le beige dans le marron ! Les croyances que nous portons ne se contentent pas de sélectionner les preuves, elles les fabriquent au besoin.

Dans mes salles de formation, je vois ce mécanisme humain à l’œuvre chaque jour que Dieu fait ! L’orateur est persuadé que son auditoire s’ennuie. Il répère celui dans la salle qui regarde son téléphone, celle dont le regard est perdu dans le lointain et oublie les vingt autres personnes attentives à son discours. Sa voix se resserre, son débit accélère. L’auditoire sent la tension, se protège et décroche pour de bon. Prophétie autoréalisatrice. 

La bonne nouvelle, c’est que l’inverse est tout aussi vrai ou tout aussi faux ! Entrez en scène, cherchez les signaux d’adhésion, les hochements de tête, les sourires, les regards pleinement présents et allumés et appuyez-vous dessus… laissez ces signaux gagner en ampleur dans votre interprétation de votre environnement et c’est gagné. Ce n’est pas de la pensée magique, c’est de l’attention dirigée au bon endroit, là où ça vous est utile !

Lors de vos prochaines prises de parole, posez-vous la question : quelle couleur suis-je venu chercher dans cette salle ?…

À vous de décider de quelle couleur est la salle !

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