« Quelle est la meilleure décision que vous ayez prise de votre vie ? » Lorsqu'on a posé cette question au comédien Vincent Lindon, sa réponse : le jour où il a décidé de ne plus avoir peur. Peur du monde, peur de dire ce qu’il avait à dire, quand il avait envie de le dire, peu importe ce que cela lui coûtait.
La clé de tout se trouve dans ces quelques derniers mots. Ce n’est pas par décret que l’on fait disparaître la peur. Ce qui change, c’est le prix que vous acceptez de payer. Et pour cela, encore faut-il être conscient de ce que cette peur vous coûte réellement.
La peur de prendre la parole ne provient que très rarement de la crainte de l’auditoire. Le trac ou la phrase avalée en réunion dissimulent en réalité trois menaces bien réelles : rejet, honte, humiliation. Ces craintes sont inscrites dans nos gènes. Pendant des millénaires, être banni du groupe équivalait à une condamnation à mourir de faim ou de froid. Votre cerveau n'a pas oublié cet état : un sourcil qui se fronce dans une réunion importante active la même alarme que si vous étiez chassé de la tribu. Identifier ce peur n'arrête pas l'alarme, mais cela vous permet de la reconnaître pour ce qu'elle est vraiment : un gardien zélé et un peu dépassé qui voit un danger mortel dans un regard dubitatif. Vous pouvez le remercier, mais prenez la parole malgré tout.
C'est dans cet état que se trouve la présence. Elle ne vient pas de la technique, ni de la voix posée. C'est cette décision intérieure qui frappe l'auditeur : cette personne a quelque chose à perdre, et elle est là quand même.
Grâce à l'IA, cette question se pose sous un autre angle. Une machine peut très bien prononcer un discours impeccable, mais elle n’y risque rien, ni sa réputation ni sa place. C’est pourtant là, dans ce risque, que le lien se tisse entre deux êtres humains. La confiance apparaît quand l’auditoire sent que vous vous exposez et que votre parole vous engage. À mesure que les mots parfaits deviendront gratuits, la parole qui coûte quelque chose prendra de la valeur.
Reste ce que Lindon ne dit pas, mais que sa réponse laisse deviner : la joie. Cette joie, très concrète, de se défaire du rôle que le monde attend de vous pour dire simplement qui vous êtes. Ceux qui ont franchi le pas, ne serait-ce qu’une fois, connaissent ce sentiment de légèreté soudaine, comme si la parole retrouvait enfin son propriétaire.
Devenir soi ne nécessite peut-être pas de se trouver, mais simplement de se dire.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire